Thèmes

texte usines à gaz ballons gaz fleurs france sur mode société prix saint nuit place photos

Rubriques

>> Toutes les rubriques <<
· Technique et pilotage (10)
· Histoire des ballons (18)
· Les aéronautes Godard (21)
· Les meetings (43)
· Mes montgolfières (15)
· Pêle-mêle (10)
· Philippe Foubert (2)
· La Montgolfière Pour Tous (5)

Rechercher
Recherchez aussi :

Derniers commentaires Articles les plus lus

· Description d'une montgolfière
· Nacelle de montgolfière
· Quelques notions de pilotage
· Hommage au Marquis d'Arlandes
· Le hangar Y de Meudon

· Un ballon du Siège de Paris. Le Volta
· Un lustre montgolfière
· La montgolfière de Louis Godard fils
· Nacelle de ballon à gaz
· La Gloire
· La catastrophe du Zodiac XIV le 17 avril 1913
· Le Père Noël en montgolfière
· Description d'un ballon à gaz
· Philippe Foubert
· Aéro-Club de France

Voir plus 

Statistiques

Date de création : 28.06.2010
Dernière mise à jour : 18.12.2025
140 articles


Du gaz pour les ballons

Publié le 29/10/2014 à 09:13 par foubert Tags : usines à gaz ballons gaz fleurs france sur mode société prix saint nuit place
Du gaz pour les ballons

Nous ne pouvons pas évoquer l’Histoire de l’aérostation sans retracer la passionnante aventure du gaz d’éclairage qui est à l’origine du formidable essor des ballons au XIXème siècle.

 

Philippe Lebon est l’inventeur de ce gaz que l’on appelle « hydrogène carboné », « gaz de houille » ou plus communément « gaz d’éclairage ». Inflammable et toxique, ce gaz est surtout plus léger que l’air. Ancien élève de l’école des Ponts-et-Chaussées à Paris, Lebon sort avec le prestigieux titre de major de sa promotion et devient, grâce à cette qualité, professeur dans cette même école. C’est vers 1791 qu’il remarque qu’il est possible d’extraire de la calcination du bois un gaz pur pouvant servir à l’éclairage et au chauffage. Après de nombreuses expériences, Lebon prend deux brevets d’invention, le premier en 1799 et le second en 1801, concernant des « thermolampes » ou, selon Lebon lui-même, des « poêles qui chauffent et éclairent avec économie, et offrent avec plusieurs produits spéciaux une force motrice applicable à toutes sortes de machines. » Établi à Paris dans l’ancien hôtel Seignelay, dans le faubourg Saint-Germain, Lebon illumine ses appartements, les cours et les jardins par de nombreuses sources lumineuses en forme de rosaces, de gerbes et de fleurs. Le premier consul Bonaparte et le ministre de la marine sont surtout frappés par les avantages que l’on peut retirer de l’invention, c’est-à-dire la production bon marché de goudron indispensable pour le calfatage des navires. Afin d’encourager l’inventeur, le gouvernement lui accorde la concession d’une partie de la forêt de Rouvray, près du Havre, pour fabriquer le précieux sous-produit. Avec la Paix d’Amiens, des sujets britanniques viennent partager les travaux de Lebon trouvant ses procédés simples et pratiques.

 

Le 2 décembre 1804, au soir de la grande cérémonie du sacre de Napoléon Ier où il a été convié, Lebon est assassiné de treize coups de couteau en traversant les Champs-Élysées. Il disparaît ainsi à l’âge de trente sept ans dans des conditions qui ne seront jamais élucidées. Sa veuve renouvellera les expériences du thermolampe et attirera une foule émerveillée. Le brevet de Lebon expirant en 1813, l’invention échappe à la France et est repris par un dénommé Winsor qui remplace judicieusement le bois par de la houille. Parallèlement, William Murdoch, un ingénieur britannique directeur d’une mine de charbon, met en pratique les travaux de Lebon et parvient à éclairer sa propriété de Birmingham en 1797. En 1815, Winsor prend un brevet pour la France en améliorant significativement le procédé de Lebon et éclaire en janvier 1817 le passage des Panoramas situé entre la Bourse et l’Opéra. Une société est ensuite fondée pour produire de la lumière dans une partie du palais du Luxembourg et sur la place de l’Odéon. Mais la population parisienne est hostile à ce nouveau mode d’éclairage public, redoutant les dangers d’incendie et l’accusant de vicier l’air. Deux compagnies apparaissent ensuite mais se retrouvent rapidement au bord de la faillite. Enfin, le succès finit par arriver. Dans la nuit du 31 décembre 1829 au 1er janvier 1830, la rue de la Paix est illuminée puis, six mois plus tard, la rue Vivienne. Petit à petit les candélabres à gaz remplacent les vieux réverbères à huile : le gaz d’éclairage a enfin gagné la partie !

 

En 1810, Samuel Clegg crée à Londres la première Compagnie du gaz. Les appareils d’épuration et de distribution, les gazomètres et les fameux becs de gaz sont alors inventés à cette époque puis universellement adoptés et améliorés tout au long du siècle. Ils feront partie intégrante du paysage urbain et industriel jusqu’à l’avènement complet de l’électricité au début du vingtième siècle. De même, l’inoubliable allumeur de réverbère deviendra une figure nocturne familière. Dans Paris, les usines à gaz voient le jour en 1820. La première est établie rue du faubourg Poissonnière par la société Pauwels ; la seconde rue de la Tour d’Auvergne par la Société royale constituée grâce au désir de Louis XVIII. L’usine des Ternes est construite en 1821 par Wilson et Cie ; les Batignolles dans les années 1830 ; Belleville en 1834 ; Vaugirard en 1835 ; Ivry en 1837 ; Passy en 1838 ; la Villette en 1856 ; Maisons-Alfort en 1862 ; Clichy en 1880 et la Plaine-Saint-Denis en 1889. Toujours considérés comme dangereux et polluants, les sites de production disparaissent totalement de Paris intra-muros en 1856. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, six compagnies du gaz coexistent pour alimenter la capitale. Leur fusion est décrétée en 1855 pour les regrouper au sein d’une seule et même entité : la Compagnie parisienne du gaz, laquelle détiendra le monopole pour la production et la distribution du gaz dans la ville de Paris, soutenue par l’Etat et des banques d’affaires.

 

Le gaz est fabriqué dans les usines, stocké dans des gazomètres puis acheminé vers Paris par de gros tuyaux en tôle. La fabrication s’opère dans des cornues et dure de quatre à six heures. C’est au cours de la dernière heure de la distillation qu’il est le meilleur puisqu’il renferme à ce moment 70 à 80 % d’hydrogène, donc excellent pour les ballons. Généralement, le gaz d’éclairage possède une force ascensionnelle comprise entre cinq cents et sept cent cinquante grammes par mètre cube, un bon gaz se situant vers sept cents grammes.

 

Au XIXème siècle, le gonflage des aérostats se fait à partir des usines, d’une prise sur la voie publique ou d’un établissement de plaisirs bien évidemment éclairé par le gaz. Un employé de la Compagnie est obligatoirement présent pour ouvrir sur ordre de l’aéronaute la précieuse vanne. Les relations entre les aéronautes professionnels et la Compagnie parisienne du gaz ne seront pas toujours excellentes. En 1880, la Compagnie décide de ne plus procéder à de livraisons aux aéronautes ailleurs que sur ses sites de production et uniquement pour des ascensions scientifiques. La Compagnie reviendra ensuite heureusement sur sa décision et les vols pourront encore se réaliser pour la plus grande joie du public, le prix de l’hydrogène pur étant inabordable pour de simples vols. Charles Green est le premier aéronaute à utiliser le gaz d’éclairage lors de sa première ascension au Royaume-Uni en 1821. Après avoir volé en montgolfière à partir de 1822, Jules-François Dupuis-Delcourt se convertira ensuite au ballon à gaz au cours de cette même décennie, devenant le premier en France.

© Philippe FOUBERT